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Abus de faiblesse sur un homme victime d'un AVC : Sa compagne encourt trois ans de prison avec sursis

18/05/2026 - 20:47 - Rédigé par Candide Blomme

Abus de faiblesse sur un homme victime d'un AVC : Sa compagne  encourt trois ans de prison avec sursis

Roland avait tout pour finir ses jours sereinement. Agriculteur à la retraite, économe, travailleur acharné, il disposait d'un patrimoine solide constitué au fil d'une vie d'efforts. Puis en novembre 2016, un accident vasculaire cérébral est venu tout changer. L'homme solide et loquace qu'il était est devenu fragile, malléable, incapable de gérer seul ses affaires. C'est dans cette vulnérabilité que Jeannine, sa compagne, aurait vu une opportunité.


La retraitée de 76 ans était jugée ce lundi devant le tribunal correctionnel de Charleville-Mézières pour abus de faiblesse. Il lui est reproché d'avoir, entre janvier 2017 et avril 2022, profité de l'état de faiblesse de Roland, dont les troubles cognitifs post-AVC ont été médicalement documentés, pour le conduire à débloquer des fonds sur ses contrats d'assurance vie. Le préjudice total s'élève à plus de 300 000 euros.


Un argent qui a profité à la prévenue


L'enquête a mis en lumière un tableau accablant. Les contrats d'assurance vie de la victime, qui représentaient plus de 400 000 euros de liquidités, ont été progressivement rachetés à partir de 2016, les retraits s'accélérant après l'AVC. L'analyse des comptes bancaires de la mise en cause révèle une augmentation drastique de ses dépenses à compter de cette période : travaux de rénovation dans sa propre maison, achat d'un véhicule Peugeot, dépenses dans des grandes surfaces de bricolage, séjours en vacances... Autant de frais que les enquêteurs estiment avoir été financés avec l'argent de la victime.


Des témoins ont confirmé que c'était désormais Jeannine qui gérait les affaires du couple. Un agriculteur qui exploitait les terres de la victime déclarait qu'elle dirigeait tout, « d'autant plus depuis l'AVC ». Plusieurs personnes interrogées ont relevé des absences, des pertes de concentration chez Roland lors d'entretiens avec des conseillers bancaires.


Un certificat médical produit en 2020 pour permettre un rachat d'assurance vie a par ailleurs suscité des doutes : le médecin traitant de la victime a déclaré que ce certificat avait été produit par sa remplaçante et a relevé une double signature, une marque montrant une éventuelle modification et une ligne noire en plein milieu du document pouvant correspondre à un montage photocopié.


« Un avant et un après »


Absente à l'audience pour raisons médicales, la prévenue avait nié les faits lors de son audition. Elle affirmait que les sommes dépensées étaient des cadeaux d'un homme « très amoureux », que les travaux chez elle avaient été financés sur ses propres deniers, et que le véhicule lui avait été offert. Elle réfutait avoir isolé la victime de ses proches.


Les filles de la victime, présentes à la barre, ont livré un témoignage poignant. « Il y a eu un papa avant, et un papa après », a résumé l'une d'elles, décrivant un homme aujourd'hui grand dépendant en EHPAD, « très affaibli, très diminué », incapable de tenir une conversation. C'est leur plainte déposée en mai 2022, après la découverte de la quasi-disparition du patrimoine paternel, qui a déclenché les poursuites.


Décision le 6 juillet


Le parquet a requis trois ans d'emprisonnement avec sursis ainsi que la confiscation des 53 520 euros saisis sur les contrats d'assurance vie de la prévenue, somme qui reviendrait aux parties civiles. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 6 juillet prochain.


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