Loi Duplomb : Le fossé se creuse entre les politiques et agriculteurs d'un côté, et les apiculteurs et défenseurs de l'environnement de l'autre
La loi Duplomb, officiellement intitulée « loi visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur », fait grand bruit en France, comme dans les Ardennes. Votée par les trois députés Ardennais, cette loi vise à faciliter la vie des agriculteurs en assouplissant certaines contraintes environnementales. Cependant, sa mesure phare, la réintroduction de l'acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, suscite une vive opposition.
Eléonore Pattery, une étudiante de 23 ans, a lancé une pétition contre cette loi sur la plateforme de l'Assemblée nationale. En quelques semaines, elle a recueilli près de 2 millions de signatures, un record. La pétition demande l'abrogation immédiate de la loi Duplomb et une révision démocratique de son adoption. Bien que ce nombre impressionnant de signatures puisse mener à un débat en séance publique, un référendum d'initiative partagée n'est pas envisageable à court terme.
Lionel Vuibert, député de la 1ère circonscription des Ardennes, défend la loi en soulignant ses bénéfices pour les agriculteurs. Selon lui, « la réintroduction de l'acétamipride, encadrée et temporaire, est nécessaire pour lutter contre la jaunisse de la betterave, qui peut entraîner une perte de récolte allant jusqu'à 50% ». Il argue que cette mesure ne concernera que 1,35% des surfaces agricoles et qu'aucune alternative efficace n'existe à ce jour. Pour asseoir sa position, il cite une étude de l'EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) de 2024 qui n'a trouvé aucune preuve de génotoxicité ou de cancérogénicité liée à l'acétamipride.
Caroline Porteau, apicultrice à Seraincourt, s'oppose fermement à cette loi. Elle craint que la réintroduction des néonicotinoïdes ne soit un désastre environnemental, menaçant les pollinisateurs essentiels à notre alimentation.
Caroline Porteau, Apicultrice à Seraincourt, prend la loi Duplomb comme une injustice de plus
Pauline Cervan, toxicologue chez Générations Futures, abonde dans ce sens, soulignant la toxicité de l'acétamipride pour les pollinisateurs, les oiseaux, les vers de terre et même l'homme. Elle critique également le processus d'évaluation réglementaire de l'Union Européenne, qu'elle juge approximatif et politique.
Caroline Porteau, au micro de Radio 8
Alors que le débat parlementaire sur la loi Duplomb devrait être rouvert, Lionel Vuibert se dit favorable à une nouvelle étude de l'Anses pour lever les interrogations sur la dangerosité de l'acétamipride. En attendant, la polémique continue de faire rage, opposant les défenseurs des agriculteurs aux écologistes soucieux de préserver la biodiversité et la santé publique.
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