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Accident mortel de Novy-Chevrières : « J'ai causé ce drame et j'y penserai toute ma vie »

12/01/2026 - 21:45 - Rédigé par Candide Blomme

Accident mortel de Novy-Chevrières : « J'ai causé ce drame et j'y penserai toute ma vie »

Six ans et demi après le drame qui a coûté la vie à trois personnes, le tribunal correctionnel des Ardennes a jugé ce lundi les deux conducteurs impliqués dans la collision


L'émotion était palpable dans la salle d'audience du tribunal correctionnel des Ardennes ce lundi après-midi. Plus de six ans et demi après les faits, Bryan, 25 ans, et Gabriel, 36 ans, ont comparu pour répondre de l'accident qui a fait trois morts et quatre blessés graves sur l'autoroute A34, le 1er juin 2019.


Un choc d'une violence inouïe


Ce matin-là, peu après 6 heures, les secours découvrent une scène dramatique près de l'aire de Woinic, entre Reims et Charleville-Mézières. Un poids lourd Mercedes Benz conduit par Bryan a percuté un Citroën Space Tourer stationné sur la bande d'arrêt d'urgence. Le bilan est terrible : trois morts, dont un bébé de 18 mois. Quatre autres personnes sont gravement blessées.

À l'intérieur du véhicule léger se trouvaient sept membres de deux familles d'origine Roumaine, immatriculé en Angleterre, qui rentraient de Paris vers Francfort. Le conducteur, Gabriel, en état de somnolence, s'était arrêté sur la bande d'arrêt d'urgence pour se reposer après avoir conduit depuis 22h15 la veille.


« J'ai fermé les yeux quelques instants »


À la barre, Bryan, chauffeur professionnel, a reconnu les faits avec émotion. Ce matin-là, roulant sur un trajet qu'il connaissait bien, il a été confronté à un éblouissement au passage d'un pont. « Après le troisième pont, le passage ombre-lumière m'a ébloui. J'ai fermé les yeux quelques instants en donnant un coup de volant vers la droite. J'ai ouvert les yeux au moment du choc », a-t-il expliqué.

Les données du chronotachygraphe confirment ses déclarations : aucun excès de vitesse, respect des temps de repos réglementaires. Les traces de freinage s'étendaient sur 143 mètres.

« Je suis vraiment désolé d'avoir eu ce mauvais réflexe et d'avoir causé tout ça », a déclaré Bryan d'une voix brisée. Il a révélé avoir suivi un accompagnement psychologique pendant quatre ans et prendre des antidépresseurs et des somnifères. « J'ai causé ce drame et j'y penserai toute ma vie ».


Un stationnement interdit qui interroge


Face à lui, Gabriel, conducteur du véhicule léger, a dû s'expliquer sur son stationnement sur la bande d'arrêt d'urgence, réservée aux situations d'urgence uniquement. « Je me suis arrêté car j'étais vraiment trop fatigué et je ne pensais pas qu'on pourrait me taper en étant sur la BAU », s'est-il défendu.

Mais c'est une autre révélation qui a marqué l'audience : selon les constatations des pompiers et l'expertise du véhicule, aucun des passagers, à l'exception de Gabriel lui-même, ne portait sa ceinture de sécurité au moment de l'impact. Une information que le conducteur conteste, invoquant des « problèmes de mémoire » lorsqu'il est interrogé sur ce point.

Gabriel a perdu dans l'accident son épouse et son bébé de 18 mois. « Depuis, je vis, tel que ma femme l'aurait voulu, et j'attends le jour de ma mort pour la rencontrer à nouveau », a-t-il confié au tribunal. « Marian était un très bon ami, c'est pour ça qu'on avait décidé de partir en vacances ensemble. Je vois aujourd'hui qu'on veut me jeter des pierres. Alors que j'ai aidé Marian avant et après l'accident ».


Deux responsabilités en question


Le procureur a requis deux ans d'emprisonnement intégralement assortis du sursis contre Bryan, soulignant qu'il s'agit d'un « professionnel de la route qui a répondu à une difficulté par une succession de manquements ». Pour Gabriel, le parquet s'en est remis au tribunal, reconnaissant qu'il n'a « évidemment pas volontairement tué ou blessé sa famille ».

L'avocat de Bryan a plaidé le caractère réflexe du geste face à l'éblouissement et rappelé que « les victimes n'avaient pas leur ceinture et n'avaient pas à être sur la bande d'arrêt d'urgence ». La défense de Gabriel a, elle, demandé la relaxe.


Maître Radu Duta, Avocat de Gabriel, au micro de Radio 8


Le tribunal a pris soin de préciser à Gabriel qu'il n'était pas accusé d'être une mauvaise personne, mais « d'avoir fait un choix dangereux et interdit par le Code de la route », favorisant ainsi l'accident.


Un dossier complexe qui a traîné en longueur


Cette audience a été reportée à plusieurs reprises en raison de difficultés procédurales liées à la coordination entre les compagnies d'assurance Roumaine, Anglaise et Française. Gabriel, passé du statut de victime à celui de prévenu à la demande des assureurs, s'était même déplacé depuis la Roumanie pour une précédente audience annulée en juin dernier.


Maître Radu Duta s'est exprimé, à l'issue de l'audience, sur la possibilité que son client soit également condamné


Les deux hommes encourent jusqu'à sept ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende. Le jugement sera rendu le 9 mars.

Deux interviews sont disponibles pour cet article

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